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Les différentes étapes de la mise en place d’un essai clinique multicentrique : l’exemple de l’essai OFLOTUB

Alimatou NDIAYE et Christian LIENHARDT

Nous avons mis en place cet essai clinique car malgré l’existence prouvée d’un traitement efficace, nous avons constaté une augmentation du nombre de cas de tuberculose dans les pays à faible revenu. Nous avons également noté une persistance d’un taux élevé d’abandons de traitement, ce qui pose le problème de l’apparition de multirésistances aux anti-tuberculeux. Des études ont prouvé que les apparitions de ces multirésistances étaient en constante progression. L’impact de l’infection VIH est venu s’ajouter à ces problèmes. Dans ce cadre, nous avons constaté une recrudescence des cas de tuberculose, que ce soit dans les pays à faible revenu ou dans les pays développés.

Nous en avons déduit qu’il était nécessaire d’améliorer l’accès aux traitements anti-tuberculeux et de réduire la durée du traitement. Cette durée a été identifiée comme étant un facteur essentiel dans l’abandon des traitements, donc dans l’apparition des résistances. De fait, la mise en place de nouvelles combinaisons de médicaments et, à un degré moindre, la découverte de nouveaux médicaments dans le traitement de la tuberculose, ont figuré parmi nos axes de recherche.

C’est au titre de la mise en place de nouvelles combinaisons que nous avons exploré l’axe de l’utilisation des fluoroquinolones en première intention, alors que nous avions pour habitude de les utiliser en seconde intention, face à des cas de résistance aux molécules habituelles. Nous pensons que l’utilisation des fluoroquinolones en première intention pourrait induire une réduction de la durée du traitement, suite à des essais préliminaires réalisés en Inde, au Tuberculosis Research Center de Chennai. La gatifloxacine a été la principale fluoroquinolone ciblée dans le cadre d’OFLOTUB. Il s’agit d’une fluoroquinolone de troisième génération couramment utilisée dans le traitement des infections communes - pneumonies, bronchites, sinusites, infections des voies urinaires ou maladies sexuellement transmissibles -, jusqu’à ce que des expériences in vivo et in vitro mettent en lumière son activité sur le bacille de la tuberculose. Il a même été prouvé que cette activité était supérieure à celle de l’ofloxacine, la quinolone la plus utilisée dans le traitement de la tuberculose en seconde intention.

Un plan de travail visant à tester l'efficacité et l'innocuité d'un régime de quatre mois incluant la gatifloxacine a été élaboré. Des études pré-cliniques et toxicologiques ont été réalisées. Les phases 2 et 3 sont en cours. D’une certaine manière, les phases de cet essai clinique se sont chevauchées, à tel point qu’une discussion s’est engagée au sein de certains organes de régulation des essais cliniques. En fait, parce que la gatifloxacine était déjà utilisée en pratique médicale, nous avions reçu l’autorisation de ne pas attendre les résultats de la phase 2 pour démarrer la phase 3.

La phase 2 vient de s’achever en Afrique du Sud. Des résultats préliminaires ont été présentés lors du récent congrès de l’Union Internationale Contre la Tuberculose et les Maladies Respiratoires. Cette étude de phase II a utilisé la méthode des comptages sériés des colonies qui a permis de comparer l’activité stérilisante d’un régime contenant la gatifloxacine avec l’activité stérilisante de régimes contenants d’autres quinolones, notamment l’ofloxacine et la moxifloxacine. Enfin, un régime témoin utilisait le régime standard de l’OMS incluant l’éthambutol. Cette étude a duré deux mois. Les colonies étaient régulièrement comptées dans les crachats des patients. Au bout de deux mois, tous les patients ont suivi le régime à base de rifampicine et d’isoniazide durant quatre mois.

L’essai clinique randomisé en phase 3 est un essai contrôlé multicentrique. Il vise à comparer un régime de courte durée incluant la gatifloxacine avec le régime standard de six mois recommandé par l’OMS. Cet essai randomisé est de type « open-label ». Les patients prennent de la gatifloxacine, associée à l’isoniazide, la rifampicine et au pyrazinamide, durant deux mois. Puis ils poursuivent pendant deux mois le traitement comprenant la gatifloxacine associée à l’isoniazide et à la rifampicine. Quant au régime standard de l’OMS, il est constitué d’éthambutol, d’isoniazide, de rifampicine et de pyrazinamide durant deux mois, puis de rifampicine et d’isoniazide durant quatre mois. Cette étude porte sur un total de 2 070 patients qui sont régulièrement revus durant les deux années qui suivent la fin du traitement. La survenue de rechutes au cours de ces deux années constituera le critère fondamental d’efficacité du schéma thérapeutique testé. Le délai de survenue de ces rechutes sera également observé. La sécurité constituera le second critère d’évaluation.

Dans le cadre de cette étude, nous espérons pouvoir prouver que :
• l’activité bactéricide du régime test n’est pas inférieure à celle du régime témoin ;
• le taux de guérison du régime test n’est pas inférieur à celui du régime témoin ;
• le taux de rechute du régime test n’est pas supérieur à celui du régime témoin ;
• le régime test est sûr et ne provoque pas d’évènements adverses graves et inacceptables.

Nous avions pour ambition de mettre en place des sites d’essais cliniques dans les pays africains partenaires du projet. Une fois que l’idée de mettre en place cet essai a été prise, il nous a fallu identifier les sites d’accueil. L’évaluation de ces sites a été réalisée par une équipe multidisciplinaire. Les procédures opératoires standard ont ensuite été mises en place. Les sites identifiés étant aussi bien anglophones que francophones et tous les documents ont été rédigés dans les deux langues. Le cahier d’observation servant au recueil des données a été établi après les procédures opératoires. Il a précédé la mise au point de la base de données, ainsi que l’identification et la formation des moniteurs tenus de superviser le déroulement des activités de l’essai.

L’équipe multidisciplinaire chargée de l’évaluation des sites a visité et décrit tous les sites potentiels, afin d’y évaluer la possibilité de mener l’essai clinique. C’est ainsi qu’ont notamment été étudiés les indicateurs épidémiologiques de lutte contre la tuberculose et l’existence de structures cliniques adaptées et suffisamment équipées pour permettre la prise en charge des patients. La disponibilité du laboratoire a constitué un autre critère de sélection. En effet, l’essai clinique implique, entre autres choses, que des contrôles réguliers soient effectués dans le cadre du suivi biologique des patients et que les crachats soient directement examinés. Or, en pratique, tous les laboratoires n’étaient pas en mesure de réaliser l’ensemble de ces tests. Les possibilités de gestion informatique des données, la disponibilité des ressources humaines et les moyens de communication ont également été évalués. De même, l’équipe multidisciplinaire a apprécié les aspects administratifs et financiers des sites, ainsi que la volonté des acteurs locaux de participer au projet. Cette évaluation a abouti à l’établissement d’une liste des besoins (ressources humaines, formations, technologie, équipements) propres à chaque site.

Les sites africains inclus dans l’étude sont situés au Sénégal, en Guinée, au Bénin, en Afrique du Sud et au Kenya. Une fois ces sites identifiés, un Agrément de Consortium a été mis au point afin de définir les objectifs communs, les rôles et les responsabilités de chaque partenaire, les aspects administratifs, les droits et devoirs des investigateurs principaux, ainsi que les règles de publication en fin d’étude. Ce consortium se réunit chaque année depuis la mise en place de l’étude.

La mise au point des outils de travail a suivi l’identification des sites. C’est dans ce cadre qu’entrent les procédures opératoires standardisées, qui ont été rédigées sur la base du protocole de l’étude. Ces procédures, qui respectaient les exigences des bonnes pratiques cliniques et des bonnes pratiques de laboratoire, ont ensuite été adaptées aux réalités, aux spécificités d’organisation et aux ressources disponibles des sites. Les besoins en formation indispensables à la mise à niveau des sites ont été identifiés au décours de la rédaction de ces procédures. Ces formations - qui ont porté sur les bonnes pratiques cliniques, les bonnes pratiques de laboratoire, la microbiologie et la gestion des données - ont été organisées avant le démarrage de l’étude. Elles ont ensuite été renforcées au cours de l’étude. Les informaticiens de tous les sites ont été réunis pour suivre une formation au logiciel qui sera utilisé pour la gestion des données et une formation de renforcement se déroulera lors de la prochaine réunion de coordination. Bien évidemment, les équipements nécessaires ont été mis en place afin de répondre aux bonnes pratiques de laboratoire.

Les aspects éthiques du projet ont d’abord été évalués par la Commission Européenne, laquelle avait exigé, au moment de l’appel d’offres, qu’un rapport éthique soit rédigé. Une fois rédigé, le protocole scientifique de l’essai a été soumis aux structures éthiques compétentes de chaque site. De nombreux échanges se sont tenus avec les comités d’éthique, qui ont émis une liste de recommandations visant à améliorer le protocole, la prise en charge des patients et l’élaboration du formulaire de consentement éclairé. A l’issue de ces échanges, les comités d’éthique ont délivré un avis favorable au lancement de l’étude.

De plus, le protocole a été soumis au comité de revue éthique de l’OMS après que les comités d’éthique de tous les sites impliqués dans l’étude se soient prononcés favorablement ainsi que les comités d’éthique des institutions et organisations du Nord impliquées dans l’essai. Ces échanges entre le coordinateur, les investigateurs et le panel des divers comités d’éthique consultés ont permis au protocole de gagner en clarté et lisibilité.

Le comité d’éthique du Sénégal a émis de nombreuses recommandations concernant le formulaire de consentement éclairé. Le document final stipule que le consentement à participer à l’étude doit être recherché auprès de tous les patients tuberculeux éligibles avant leur inclusion. Ce document est présenté au patient dans une langue que celui-ci comprend. Au Sénégal, nous n’avons pas jugé opportun de procéder à cette traduction car il existe une multitude de langues. De plus, les personnes alphabétisées le sont en français. Ceux qui ne savent pas lire le français ne savent pas non plus lire la langue qu’ils pratiquent oralement. De fait, le formulaire de consentement est traduit oralement dans une langue que le patient comprend, en présence d’un tiers garant. Les commentaires reçus en retour semblent indiquer que tout se passe bien. Le formulaire de consentement explique de manière claire le risque et les bénéfices attachés à l’étude.

Les patients ont la possibilité de refuser de participer à l’étude. De même, ils peuvent décider de retirer leur consentement en cours d’étude, sans pour autant faire l’objet du moindre désagrément. Les patients qui refusent de participer à l’étude conservent leurs droits à bénéficier du traitement.

Tous les patients inclus dans l’étude doivent être testés pour le VIH. Pour cela, il existe un formulaire de consentement supplémentaire. Les patients sont informés de ce dispositif au cours d’un counselling pré-test. Ce n’est qu’après ce counselling qu’il leur est demandé de donner leur avis sur la réalisation du test VIH. Un patient qui consent à subir ce test peut être inclus dans l’éTUDE. En revanche, le refus constitue un critère d’exclusion. Les patients qui acceptent d’être testés peuvent demander à connaître les résultats du test VIH. Dans tous les cas, les recommandations et les procédures nationales relatives à ce test sont soigneusement suivies. Ainsi, les patients sont informés des possibilités de prise en charge en cas de test positif.

D’un point de vue administratif, l’essai est supervisé par un comité de pilotage. Composé du coordinateur de l’essai, du statisticien responsable de la gestion des données et des principaux investigateurs de tous les sites, ce comité prend des décisions sur toutes les questions essentielles en rapport avec la conduite de l’essai. De même, il vérifie régulièrement l’atteinte des objectifs fixés et la production des rapports - semi-annuels et annuels. Enfin, il existe un comité totalement indépendant - le comité de surveillance des données et de la sécurité -, qui a pour rôle de conseiller le coordinateur sur tous les aspects de l’essai. De plus, ce comité supervisera l’analyse intermédiaire supposée se dérouler lorsque seront connus les résultats des examens biologiques et mycobactériologiques d’au moins 500 patients qui auront bénéficié de deux mois de traitement. En effet, ce n’est qu’à ce moment qu’il sera permis d’apprécier la sécurité et l’efficacité du protocole mis en place. Au décours de cette analyse intermédiaire, le comité de surveillance pourra formuler des recommandations sur la conduite de l’essai. Si les résultats ne sont pas probants, il n’hésitera pas à demander l’arrêt de l’essai. Ce comité est tenu de se réunir au moins trois fois au cours de l’étude.

Christophe PERREY

Quel est le taux d’inclusion de cet essai ? Quel est le délai de réflexion entre le moment où l’information est délivrée et le moment où le consentement est recueilli ? Quelles personnes ont été informées ? Avez-vous cherché à évaluer le niveau de compréhension des personnes ?

Alimatou NDIAYE

L’objectif de l’étude consiste à recruter 2 070 patients. Nous sommes partis sur une base de 400 patients par site. La première évaluation du niveau de recrutement a mis en lumière une certaine discordance entre les différents sites. Ainsi, l’Afrique du Sud a déjà recruté plus de 100 patients, tandis qu’au Sénégal, nous n’en sommes qu’à 43.

Christophe PERREY

Quel est le rapport entre le nombre de personnes éligibles et le nombre de personnes recrutées ?

Alimatou NDIAYE

Au Sénégal, nous avons recruté un patient pour quatre personnes éligibles. En Afrique du Sud, ce rapport s’établit à un pour trois.

Le consentement éclairé est individuel. Le recrutement s’effectuant dans les centres de santé, nous n’avons informé que le personnel de santé. Tout patient éligible se voit présenter le formulaire de consentement dans la langue qu’il comprend le mieux.

Bien souvent, les patients font part de leur accord dès la fin de la présentation du consentement. D’autres patients sont plus dubitatifs. D’une manière générale, les patients sont systématiquement invités à poser des questions complémentaires. Ces questions portent souvent sur la sécurité, sur le nombre de patients déjà inclus ou sur les résultats déjà obtenus. Un délai de réflexion est accordé à tout patient dubitatif, le temps qu’il consulte un tiers ou qu’il lise au calme le formulaire de consentement qui lui a été remis. Il arrive que certains de ces patients reviennent avec leurs parents. Il leur est toujours demandé s’ils ont parfaitement compris de quoi il est question. Pour l’essentiel, les réponses sont positives. Néanmoins, certains d’entre eux reviennent avec de nouvelles questions. Des réponses leur sont systématiquement apportées. Le rappel de l’information est important. Il doit se dérouler de manière séquentielle.

Bien souvent, les patients reçoivent beaucoup d’informations en très peu de temps. De plus, il n’est pas rare qu’ils soient plus pressés de démarrer le traitement que l’investigateur. Malgré cela, à chaque étape de la prise en charge, nous prenons le temps de leur rappeler les règles de consentement.

Osseni TIDJANI

De quelle manière les personnes sont-elles incitées à participer à l’enquête ?

Alimatou NDIAYE

Lorsque nous présentons le formulaire, nous indiquons aux patients que leurs déplacements et les examens biologiques sont intégralement pris en charge. Toutefois, j’évite d’insister sur cet aspect financier. Jusqu’à présent, personne ne m’a encore demandé à combien s’élève le montant du remboursement pour le transport. Je me contente d’indiquer que le transport nous incombe et que les médicaments sont gratuits. Nous devons éviter de motiver le patient par les seules considérations financières.

Bertrand TAVERNE

Votre présentation s’est avérée très intéressante et très belle. Elle a décrit de manière parfaitement académique ce que doit être un essai clinique. J’ai tout de même quelques questions à vous poser.

vez-vous une idée du délai qu’ont nécessité les différents allers/retours entre les comités d’éthique ? Savez-vous combien de patients ont refusé de donner leur consentement pour le test VIH ? Savez-vous pourquoi, au Sénégal, trois patients sur quatre ont refusé d’entrer dans l’étude ? Enfin, pourquoi refusez-vous d’entrer dans les considérations pécuniaires ? Après tout, l’argent n’est pas sale, il est permis d’en discuter tranquillement.

Alimatou NDIAYE

Le processus de consultation des comités d’éthique s’est avéré dynamique. Dès mon arrivée à l’IRD, il y a deux ans, une liste de questions nous avait été soumise par le comité du Sénégal. Nous y avons répondu, en même temps que nous avons pris en compte les recommandations qui nous avaient alors été adressées. C’est sur cette base que nous avons établi un nouveau document. Un avis favorable nous a finalement été rendu. Cet avis, au même titre que tous les autres avis des différents sites, a ensuite été présenté au comité d’éthique de l’OMS.

Lorsque j’ai indiqué qu’au Sénégal, nous avons recruté un patient pour quatre personnes éligibles, il ne faut pas en déduire que les trois autres personnes nous ont opposé un refus. Il s’agit aussi de patients qui, au cours de la procédure de recrutement, ont présenté un problème leur interdisant d’être inclus dans l’étude. Pour autant, nous savons qu’au niveau de l’un des centres, un tiers des patients ont refusé de donner leur consentement. Il est possible que ces patients n’étaient pas habitués à ce genre de propositions. Nous n’en étions encore qu’au début du processus.

Les patients potentiels nous demandent souvent combien d’autres personnes sont déjà incluses dans l’équipe. A présent que nous sommes en mesure de leur annoncer qu’ils rejoindront une vingtaine d’autres patients, ces candidats acceptent plus facilement de se joindre à l’étude que lorsque nous leur annoncions qu’ils n’étaient précédé que d’une poignée d’autres patients.

Enfin, il me semble que cinq patients ont refusé le test VIH. Ils ont donc été exclus de l’étude. Il est arrivé que des patients me demandent si des cas positifs avaient déjà été enregistrés. Je leur ai toujours répondu.

Mireille DOSSO

Vous enquérez-vous toujours de l’état d’immunodépression des patients VIH + ? Quel est le protocole utilisé pour les patients VIH + dont le taux de CD4 est inférieur à 200 ?

Vous n’avez pas évoqué le rôle du laboratoire de bactériologie. Pourtant, le fait d’administrer de la gatifloxacine à des patients durant deux mois ne sera pas sans conséquence sur la flore. Possédez-vous un indicateur de résistance des flores aux fluoroquinolones ? L’utilisation des fluoroquinolones est-elle homogène dans tous les pays de l’étude ? Existe-t-il un niveau de résistance de ces fluoroquinolones avant de débuter l’étude ?

Enfin, une formation a-t-elle été dispensée en matière de pharmacovigilance ?

Alimatou NDIAYE

Nous avons prévu de mesurer le taux de CD4 des patients qui seraient HIV +. En matière d’inclusion, nous avons retenu la classification de l’OMS, qui se base sur des critères cliniques. Il a été retenu que les patients des stades 1 et 2 de l’OMS pouvaient être inclus dans l’étude, ce qui n’est pas le cas des patients de stades 3 et 4. Ces derniers seront pris en charge suivant les recommandations de leur pays d’origine.

Les fluoroquinolones ne sont pas d’utilisation courante au Sénégal. Nous ne nous concentrons que sur l’aspect mycobactériologique. Aucun chapitre de l’étude n’est consacré à la sensibilité des autres germes à la gatifloxacine.

Nous réalisons un test de sensibilité direct afin d’avoir connaissance au plus tôt du statut, par rapport aux antibiotiques, du germe hébergé par le patient. En principe, nous avons connaissance de ce résultat dans les quinze jours suivant le test. Tout patient chez qui une résistance est découverte est exclu de l’étude. Ces résistances sont prises en charge en fonction de l’antibiogramme qui est ensuite réalisé. Le test de sensibilité classique est également effectué. Nous en obtenons les résultats au bout de deux mois. Enfin, des contrôles sont régulièrement effectués au cours de l’étude.

Mireille DOSSO

Finalement, vous analysez la réponse du patient qui possède une souche sensible qui n’a jamais été traitée.

Alimatou NDIAYE

Effectivement.

Christophe PERREY

La langue wolof permet-elle de distinguer les différents formes de tuberculose ?

Alimatou NDIAYE

Non. D’une manière générale, la tuberculose est décrite comme « la maladie de la toux grave ». Il convient donc de préciser que toutes les toux ne sont pas caractéristiques d’un cas de tuberculose. Nous devons ajouter que le microbe de la tuberculose, bien que les poumons soient sa zone de prédilection, peut se localiser au niveau d’autres organes. Nous insistons sur ce point dans la prise en charge des sujets contacts. Les seuls cas qui nous intéressent ne sont pas les personnes qui toussent. Il est possible qu’une personne qui souffre de maux de ventre depuis plusieurs semaines développe la tuberculose.

Osseni TIDJANI

Il existe une pensée très répandue dans certaines régions du Togo. Elle énonce que « la toux conduit au tombeau ».

Brigitte GICQUEL

Pourquoi avez-vous utilisé de la gatifloxacine pour le démarrage de l’étude ? Comment a-t-il été décidé de procéder par tranches de 2 mois ?

Alimatou NDIAYE

Le premier protocole prévoyait l’utilisation d’ofloxacin. C’est au cours de discussions avec des experts que l’idée d’utiliser une molécule plus efficace nous a semblé plus pertinente. Par ailleurs, nous avons décidé de procéder par tranches de deux mois en nous basant sur une étude réalisée antérieurement. Cette étude, qui avait donné de très bons résultats, avait utilisé de l’ofloxacin avec des schémas thérapeutiques de quatre mois.

Brigitte GICQUEL

Dans le cadre de cette étude, des essais avaient-ils été réalisés sur la souris avant d’être réalisés sur l’homme ?

Alimatou NDIAYE

Probablement.

Benoît GARIN

Le protocole thérapeutique EHRZ durant deux mois, puis EHR durant deux mois, a-t-il déjà été testé ?

Donald ENARSON

Oui.

Martin GNINAFON

Je participe au projet OFLOTUB au Bénin. La phase préparatoire a duré quasiment deux ans. Nous avons démarré le recrutement en juillet dernier. Malheureusement, une panne d’électrocardiogramme nous a bloqués durant un certain temps. L’appareil n’a été réparé que très récemment. Nous avons donc pu reprendre notre travail. Néanmoins, les contraintes de cette étude restent énormes. Le recrutement est extrêmement difficile.

Mireille DOSSO

Il me semble exister un problème de contrôle moléculaire des souches en cas de rechute au bout de deux ans.

Alimatou NDIAYE

Nous en avons tenu compte. Toutes les souches sont conservées. Nous procèderons à une analyse moléculaire pour tous les cas de rechute. De la sorte, nous saurons si la souche de départ est identique à la souche isolée au moment de la rechute.