Le programme EDCTP
Aïssatou TOURE BALDE
Institut Pasteur de Dakar
Le programme EDTCP - European Developing Countries Clinical
Trials - ne concerne que les essais cliniques chez les humains.
Il s’agit d’un partenariat de long terme - il
a pour ambition de durer quinze à vingt ans - conclu
entre l’Europe et les pays en développement
afin de lutter contre le VIH sida, la tuberculose et le
paludisme au travers de nouvelles interventions cliniques.
Ce programme répond à différents objectifs.
Il est d’abord question de rassembler les programmes
européens nationaux. En effet, de nombreux pays européens
développent des activités de lutte contre
le VIH sida, la tuberculose et le paludisme dans différents
pays africains. Il est apparu plus opportun de rassembler
ces programmes.
Au-delà de ce partenariat Nord/Nord, il a semblé
important, dans une optique d’essais cliniques, de
mettre en place un partenariat Nord/Sud. Outre la mise au
point de nouveaux médicaments et de nouveaux vaccins,
ce partenariat doit également permettre de renforcer
les capacités matérielles et humaines en Afrique.
Enfin, des réseaux Sud/Sud ont également été
mis en place afin de permettre aux différents pays
de s’entraider et d’atteindre une masse critique
suffisante.
La recherche fondamentale et la production GMP ne s’inscrivent
pas parmi les objectifs d’EDTCP. Ce programme est
financé à partir de phases 1. Certaines d’entre
elles se dérouleront en Europe. En revanche, les
essais de phase 2, 3 et - éventuellement - 4 auront
lieu en Afrique.
EDCTP a diverses fonctions. Il lui appartient de :
- soutenir la mise en réseau des programmes nationaux
européens ;
- soutenir la mise en réseau des activités
de R&D des pays en développement ;
- soutenir le renforcement des compétences et de
la formation dans les pays en développement ;
- développer des plans de financement susceptibles
d’attirer des sources extérieures de cofinancement
- notamment en provenance du secteur pharmaceutique - ;
- développer une présence durable dans le
secteur de la R&D.
Il a été annoncé que 600 millions d’euros
avaient été mis à la disposition d’EDCTP
pour ses cinq premières années. En réalité,
200 millions d’euros sont apportés par la Commission
Européenne, 200 millions d’euros proviennent
des programmes nationaux - pas forcément sous forme
d’argent sonnant et trébuchant, mais plutôt
sous forme de participation à des programmes de recherche
- et 200 millions d’euros sont apportés par
le secteur privé, avec lequel un partenariat doit
être conclu.
EDTCP n’a pas pour vocation d’être promoteur
d’essais cliniques, mais bien de financer les promoteurs
et de coordonner et soutenir les essais. Le renforcement
des compétences passera par l’évaluation
des possibles sites d’accueil. Ces sites seront classés
en fonction de leurs capacités dans le domaine des
études épidémiologiques, des études
immunologiques et des études cliniques. Ce point
est extrêmement important. Auparavant, lorsqu’un
appel d’offres était lancé pour un essai
clinique, les centres qui avaient déjà réalisé
de nombreux essais étaient immanquablement retenus.
EDCTP a justement pour objectif de mettre à niveau
les autres centres afin qu’ils puissent également
recevoir des essais cliniques. L’évaluation
des sites et l’identification de leurs besoins entrent
clairement dans ce cadre. Dans ce contexte, outre les investissements
dans l’amélioration durable des sites, il est
bien évident que le transfert des connaissances et
la formation doivent faire l’objet d’une attention
particulière, de manière à ce que le
personnel des sites acquière les compétences
qui lui permettront de diriger des essais cliniques.
EDCTP s’est très vite heurté à
un problème légal de gestion. Cela explique
qu’un GIE européen ait été mis
en place. Cette structure s’appuie sur un secrétariat
basé à La Haye.
Le réseau de programmes européens est chargé
de mettre en réseau les programmes nationaux européens.
Le partnership board est composé de douze membres
: quatre Africains, quatre Européens et quatre membres
nommés par les huit premiers membres. Ces quatre
derniers membres peuvent provenir de structures industrielles
ou de structures internationales. La Commission Européenne
joue un rôle d’observateur dans ce partnership
board, dont l’objectif consiste à définir,
développer et mettre en place la stratégie
du programme.
Le developing countries coordinating committee rassemble
quinze membres : un expert dans chaque maladie et douze
membres représentant les pays des quatre régions
qui composent l’Afrique sub-saharienne. Ce DCCC, parfaitement
positionné pour identifier les besoins, a pour rôle
d’appuyer la mise en place des stratégies définies
par le partnership board. D’une manière générale,
il est important que les Africains s’approprient ce
programme européen mis en place en Europe et se mettent
en position de pouvoir répondre à des appels
d’offres. Les scientifiques présents sur place
ont un important rôle à jouer dans ce domaine.
Ils doivent s’efforcer de présenter ce programme
lors de chaque réunion à laquelle ils assistent.
Nous avons également pour ambition de mettre en place
une coordination et des réseaux. Bien souvent, nous
ne sommes pas très nombreux dans le domaine de la
recherche. La masse critique n’est pas très
importante dans les pays. Nous ne serons donc efficaces
qu’en constituant des réseaux.
L’assemblée est l’organe de décision
ultime d’EDCTP. Une fois que le plan stratégique
a été défini par le partnership board,
cette assemblée a pour fonction de l’approuver,
de la même manière qu’elle est chargée
d’approuver les nominations. Elle transmet ensuite
ses délibérations au secrétariat, dont
le rôle consiste à mettre en œuvre le
plan stratégique, mais également à
suivre au quotidien les essais et les appels d’offres.
Enfin, il existe une fonction particulière au sein
d’EDCTP. Un haut représentant, ancien Premier
Ministre du Mozambique, est chargé de mieux faire
connaître et accepter ce programme par les pays africains.
Cet ambassadeur s’efforce également, au travers
de ses plaidoyers, de lever des fonds supplémentaires,
ce qui est indispensable si le programme souhaite s’inscrire
sur le long terme.
EDCTP a pour objectif de financer des recherches cliniques,
de construire des capacités dans les pays en développement
et de créer une synergie des programmes. En revanche,
ce programme ne finance pas les essais pré-cliniques.
Pour cela, il existe d’autres sources de financement
au niveau européen. Le travail d’EDCTP débute
après l’approbation des premières études
en phase 1 chez l’humain. Enfin, sa vocation ne consiste
pas à financer la construction de cases de santé
ou la mise en place de systèmes de santé.
EDCTP est une structure de financement qui lance des appels
d’offres sur des sujets bien précis pour lesquels
le DCCC participe à la définition. Il peut
s’agir d’essais cliniques ou de la mise en place
de réseaux.
La construction des capacités dans les pays en développement
repose aussi bien sur les formations que sur l’équipement
des sites. De même, des bourses sont accordées
à des étudiants de différents niveaux
afin d’accroître la masse des chercheurs.
Des appels d’offres ont été lancés
pour TB et HIV. Le premier appel d’offres a trait
à l’identification combinée de médicaments
contre le VIH et de médicaments contre la tuberculose
chez les patients infectés par le VIH. Un autre appel
d’offres concerne le renforcement des capacités
de développement des sites pour la réalisation
d’essais de phase 3 concernant les vaccins TB dans
les populations adultes à haut risque. Un troisième
appel d’offres, légèrement différent,
vise le renforcement des capacités de développement
des sites pour la réalisation d’essais de phase
3 concernant des vaccins administrés à des
enfants de moins de un an.
Le premier projet a pour objectif d’optimiser les
combinaisons de médicaments antirétroviraux
et anti-tuberculeux dans le traitement de patients infectés
par le HIV et dont la tuberculose est en évolution.
L’accent devra être mis sur les interactions
entre les médicaments.
Au travers du deuxième projet, il est question d’obtenir
des financements pour la construction des sites qui permettront
la collecte de toutes les informations nécessaires
- entre autres la prévalence de la tuberculose, les
informations démographiques, les incidences, les
formes cliniques présentes et les conditions de mise
en place d’un data management - à la réalisation
d’un essai vaccinal. Nous avons absolument besoin
de ces sites.
Le troisième projet est quelque peu similaire. Toutefois,
l’accent devra être mis sur les stratégies
qui permettront de vacciner les enfants dans les 24 heures
qui suivent leur naissance.
Afin de développer la coopération entre pays
du Nord et pays du Sud dans les essais cliniques, EDCTP
a pour but de créer des alliances entre d’un
côté les bailleurs de fonds, les institutions
de recherche et les universités, et d’un autre
côté les partenaires africains. Pour cela,
différents appels d’offres ont été
lancés en 2005. Leur deadline a été
fixée en février et mai 2006. Certains appels
d’offres ont fait l’objet de deux deadlines
afin que les organismes qui n’auraient pas été
en mesure de répondre au premier appel puissent répondre
au second.
Certains des appels lancés visent à mettre
en place des programmes conjoints en Afrique, entre une
institution africaine d’un côté et au
moins deux institutions européennes d’un autre
côté. D’autres appels ont pour objectif
de créer des réseaux de laboratoires afin
que les manipulations qu’un laboratoire - en raison
d’un manque d’équipement - ne serait
pas en mesure de réaliser soient confiées
à un autre laboratoire mieux équipé.
La mise en place de ces réseaux ne pourra se faire
qu’au travers de réunions. Or il est bien souvent
difficile de trouver les fonds nécessaires à
l’organisation de ces réunions. Fort heureusement,
ce point a été pris en considération.
Le capacity building grants aborde différents domaines
- études épidémiologiques, infrastructures,
formation. L’un de ces grants concerne directement
TB ETHICS. Il définit l’environnement nécessaire
à la réalisation d’un essai clinique
dans de bonnes conditions. Pour cela, sont aussi bien visées
les insuffisances de personnels que le manque de structures
- par exemple l’absence d’un comité d’éthique
- dans les pays. Des financements sont indispensables pour
combler ces insuffisances. Un appel d’offres relatif
à la mise en place d’un office de coordination
des comités d’éthique africains a été
lancé.
Un autre appel vise l’organisation de séminaires
et de cours d’éthique en Afrique. Certaines
structures agissent déjà dans ce domaine.
Ce point a fait l’objet d’un très long
plaidoyer. Il nous a souvent été indiqué
que les besoins de formation étaient prioritaires.
Nul n’osera prétendre le contraire. Toutefois,
si les personnes formées ne sont pas en mesure de
se réunir ou de faire la moindre photocopie, leur
formation n’aura servi à rien. Au terme de
longues discussions, nous sommes finalement parvenus à
lancer cet appel d’offres, qui vise à supporter
l’établissement et le renforcement des comités
d’éthique dans tous les domaines - formation
ou fonctionnement.
Différents types de training awards sont accordés.
Au-delà des bourses, le senior fellowship et le career
development fellowship tiennent une place particulière.
Nous avons constaté que certaines institutions africaines
manquaient de compétences et qu’il leur faudrait
attendre très longtemps avant de les acquérir.
De fait, nous avons décidé de mettre en place
des financements permettant à un expert d’un
pays de se rendre momentanément, dans le cadre d’un
projet coordonné, dans un autre pays. Il s’agit
du senior fellowship. Quant au career development fellowship,
il a pour objectif d’aider les personnes à
se lancer et à rester en Afrique.
Les opportunités de financement sont nombreuses,
mais elles se heurtent à différents problèmes,
notamment en matière de diffusion de l’information.
Par ailleurs, les procédures ne sont pas simples.
Les projets doivent être rédigés en
anglais, ce qui ne va pas sans poser de graves problèmes
aux francophones. Enfin, les capacités des équipes
ne sont pas toujours complètes. Seuls le travail
en commun et la création de réseaux permettront
de combler ces manques.
Osseni TIDJANI
Il est indéniable qu’il existe un problème
de communication et de diffusion des informations. De fait,
il serait bon que le programme EDCTP soit présenté
lors du congrès qui se tiendra à Lomé
du 22 au 24 mars 2006. Tous les spécialistes seront
réunis.
Aïssatou TOURE BALDE
Je vérifierai mes disponibilités. Le rôle
du DCCC consiste à aider à la diffusion de
l’information. Toute initiative est donc la bienvenue.
Nous devons impérativement créer un site répertoriant
un maximum de renseignements sur les chercheurs. Nous ne
disposons pas encore de cet outil.
Brigitte GICQUEL
Nous devons de plus en plus utiliser les sites Internet.
Maintenant nous allons écouter la présentation
de Steven Smith, de l’Ecole d’hygiène
et de médecine tropicale de Londres, qui va porter
sur les corrélats de protection. Cet aspect est très
important. En effet, pour nos essais de vaccins nous avons
besoin de paramètres de comparaison. C’est
là l’objectif de ce débat.
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