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Projet VACSIS
Madagascar
Soa Fy ANDRIAMANDINBY
Ma présentation ne portera pas sur les
résultats de ce projet, mais simplement sur certaines
des implications éthiques qu’il comporte.
Je suis un des médecins chargés
du recrutement et du suivi longitudinal des sujets inclus
dans le projet VACSIS.
L’île de Madagascar est située
à l’est du continent africain. Elle est peuplée
de 18 millions d’habitants. Sa superficie est d’environ
570 000 km2. Le taux de mortalité infantile y est de
77 ‰ en 2004.
Ce pays figure parmi les plus pauvres du monde.
Son PIB est par exemple 35 fois inférieur à
celui du Canada. Madagascar, qui ne possède pas encore
de système de Sécurité Sociale, est confronté
à différents problèmes de santé
publique, notamment le paludisme, la tuberculose ou la diarrhée
chez les enfants.
A titre indicatif, je donnerai un seul indicateur
concernant la tuberculose, celui de l’incidence : ainsi
en 2004, 12 000 nouveaux cas de tuberculose pulmonaire à
microscopie positive (TPM+) ont été enregistrés.
Le comité national d’éthique
de l’île n’a été créé
qu’en 2001 et restructuré en 2003.
Le projet VACSIS vise à étudier
les marqueurs de l’immunité anti-tuberculeuse
des contacts d’un patient TPM+ et de sujets témoins.
Le recrutement et le suivi des sujets de l’étude
sont assurés par deux médecins, dont moi-même.
Nous suivons un protocole déjà validé
par le comité national d’éthique.
Il s’agit d’inclure et de suivre
trois types de cohortes :
• Les cas index : au nombre de 100, âgés
de plus de 15 ans. Dépistés et traités
dans un centre anti-tuberculeux d’Antananarivo. Ce sont
des nouveaux patients tuberculeux à microscopie positive
(TPM+), résidant à Antananarivo, dont l’adresse
est connue et fixe
• Les contacts : tout individu âgé de 1
an et plus habitant et dormant sous le même toit que
le cas index.
• Les témoins : 200 individus sains, sans antécédent
de TB, inclus selon des critères d’appariement
avec les sujets contacts (sexe, âge).
Les cas index et leurs contacts sont inclus
à leur domicile. Les témoins, au nombre de 200,
sont inclus au dispensaire anti-rabique de l’Institut
Pasteur. Le consentement éclairé de tous les
sujets ou de leur représentant légal sont recueillis
avant inclusion.
S’agissant des actes médicaux à
effectuer, nous disposons déjà des prélèvements
de crachat des cas index. Ces prélèvements ont
été utilisés pour le diagnostic. Par
ailleurs, les cas index auront des questionnaires à
remplir lors de leur inclusion. Ces questionnaires mentionneront
les antécédents médicaux, les facteurs
de risque et les examens cliniques complets.
Les prélèvements sanguins - dont
la quantité diffère selon l’âge
des personnes – sont destinés à la recherche
et quantification des marqueurs objets de l’étude
ainsi qu »à la réalisation d’une
sérologie VIH. Enfin, un test IDR ( au Tubersol®)
est réalisé.
L’objectif, le motif et la justification
de la recherche seront portés à la connaissance
des sujets avant leur inclusion. La fréquence des suivis
variera selon que le patient est un cas index, un cas contact
ou un témoin. Ainsi, les cas index et les cas contacts
seront suivis durant deux ans et contrôlés tous
les trois mois, tandis que les témoins seront suivis
durant six mois et contrôlés tous les trois mois.
Les prélèvements sont réalisés
lors de l’inclusion, puis après trois mois pour
les témoins et les contacts et après douze mois
- donc après les traitements - pour les cas index.
Des informations pré et post-tests sont
données aux patients qui auront accepté de participer
à l’étude. Ainsi, des informations très
précises sont communiquées concernant la sérologie
VIH. Ces informations sont et certains aspects éthiques
sont particulièrement soulignés aux patiens.
• Tous les patients seront volontaires.
• Leur confidentialité sera respectée.
Ce dernier point pose certains problèmes dans la mesure
où les patients sont visités à leur domicile.
• L’anonymat se fera à la fin de l’étude.
• Il n’y aura pas de prise en charge médicale
ni financière assurée dans le cadre de l’étude
en cas de survenue d’autres pathologies non rattachées
à la tuberculose.
• Enfin, les patients sont libres de se retirer de l’étude
à n’importe quelle période.
Dans le cadre de cette étude, divers
problèmes rejoignant des considérations éthiques
peuvent être discutés.
Ainsi, le niveau de compréhension des
sujets reste très variable, bien qu’une information
écrite ait été transmise en langue malgache.
Lorsque les personnes ne savaient pas lire, les médecins
ont procédé à la lecture de ce document.
Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’influence
du terme « médecin », ainsi que l’influence
de la renommée de l’Institut Pasteur, ne sont
globalement pas négligeables.
Les décisions ne sont pas toujours prises
de manière individuelle, surtout chez les enfants.
Notamment, la peur du prélèvement chez l’enfant
motive réticence voire refus de l’enfant alors
que la compréhension de l’adulte permet de rationaliser
cet aspect en considérant sa volonté de contribuer
à une recherche.
Enfin, l’étude VACSIS n’assure
pas d’offre ou de prise en charge de soins hors du champ
de la tuberculose.
Nous avons réalisé diverses études
de cas.
La première a concerné un plombier
de 70 ans que nous avons recruté en tant que témoin.
Sa motivation était excellente. En revanche, sa compréhension
laissait à désirer. Nous avions beau faire tout
notre possible, cet homme n’avait de cesse de nous rétorquer
que nous étions les médecins et qu’il
accepterait de faire tout ce que nous lui demanderions. Une
deuxième étude de cas porte sur une fille de
18 ans, recrutée en tant que cas index et troisième
malade de la tuberculose dans une famille de neuf personnes.
Sa motivation était très bonne, mai sa compréhension
s’est avérée très complexe à
évaluer .
De peur qu’un nouveau cas de tuberculose
apparaisse, il semble que la famille de cette jeune femme
ait tout fait pour que cette dernière soit suivie par
un médecin. Une notion d’intérêt
semblait être sous jacent même si en réalité
celui-ci ne pouvait reposer que sur un meilleur suivi.
soit suivie par un médecin. Pourtant, nous ne disposons
pas d’une réelle offre de soins.
Une autre étude de cas a été
réalisée sur un homme de 45 ans, recruté
en tant que contact d’un cas index. Cet homme avait
fait preuve d’une bonne motivation au départ
de l’enquête. En revanche, au bout du troisième
mois, lors de la lecture de l’IDR, cet homme s’est
demandé pourquoi nous procédions à des
prélèvements sans verser d’indemnisations
alors que lui, comme tant d’autres patients, n’avait
rien à manger. Peut-être cet homme en est-il
venu à formuler cette revendication car les trois premiers
mois de collaboration l’avaient mis en confiance. Humainement
parlant, il n’est pas évident de rappeler aux
patients qu’il a été convenu, dès
le départ de l’étude, qu’aucune
indemnité ne serait versée.
Notre quatrième étude de cas concerne
la décision individuelle. Elle repose sur une petite
fille de 6 ans dont l’un des parents était un
cas index. Nous avions obtenu le consentement écrit
des parents en début d’étude. Toutefois,
au troisième mois, lors du deuxième prélèvement,
l’enfant a refusé d’être piquée.
Ses parents l’ont obligée à accepter le
prélèvement. Je suis persuadée que si
ce cas avait concerné un adulte, nous aurions accepté
son choix de quitter l’étude. Pourquoi ne pas
en avoir fait autant avec une enfant ? Quelle est la valeur
de la décision d’un enfant ?
Enfin, notre dernière étude de
cas a porté sur un homme de 21 ans vivant dans la famille
d’un cas index. Tous les membres de cette famille avait
donné leur consentement pour participer à l’étude.
En revanche, cet homme était réticent mais l’influence
de sa famille a à notre insu emporté son accord.
Ce n’est qu’au fur et à mesure du déroulement
de l’étude que le médecin s’est
rendu compte que cet homme avait agi sous la pression de sa
famille d’accueil. Son consentement n’était
donc pas personnel. Cette affaire illustre parfaitement le
fait que le consentement dépasse le cadre du seul individu.
Notre étude se déroule à
Antananarivo, capitale de Madagascar, donc ville dans laquelle
les recommandations éthiques ont le plus de chances
d’être respectées. Pourtant, la compréhension
reste très relative. Le consentement est donné
pour plusieurs raisons : présence d’un médecin,
intervention d’un institut de renom, vaccination gratuite
contre la rage ou gratuité des examens biologiques.
L’intérêt scientifique et la compréhension
de l’étude arrivent loin derrière.
Aïssatou TOURE BALDE
Cet exposé illustre parfaitement les
problèmes de consentement. Personne ne peut réellement
savoir pourquoi une personne donne son consentement. Je ne
pense donc pas que ce point doive poser problème. Nous
n’avons jamais affirmé qu’il ne devait
y avoir aucune incitation. En Europe ou aux Etats-Unis, les
participants à des études dont le bénéfice
direct est quasiment nul sont motivés. Autant nous
devons empêcher les individus de ne pas accepter n’importe
quoi, autant, une fois que le travail d’explication
a été effectué, les personnes sont libres
de se décider, quels que soient leurs motifs.
Osseni TIDJANI
Lorsque le médecin prescrit une ordonnance,
il « ordonne » à son patient de suivre
un traitement. Toutefois, il n’est pas en mesure de
vérifier si son patient exécute parfaitement
cette ordonnance. La situation est identique dans le cas des
études. Nous donnons des explications aux patients,
mais nous ne savons pas pour quelles raisons exactes ils acceptent
- ou n’acceptent pas - de participer aux études.
Yousouf N’DIAYE
Au-delà de l’aspect médical,
l’aspect juridique doit également être
pris en considération. Lorsque nous sommes confrontés
à un problème juridique, nous essayons de tenir
compte d’une éventuelle fascination pour la personne
du médecin. Il n’est pas certain que les patients
aient toujours conscience du fait que ce sont eux, et non
pas le médecin, qui seront au cœur de l’étude.
Or le droit à l’information est primordial.
Brigitte GICQUEL
Soa Fy Andriamandinby a mis le doigt sur les
éléments importants dont nous devons discuter.
Sa présentation nous a permis d’aller au-delà
des présentations classiques.
Il n’est pas forcément difficile
de motiver une communauté dès lors qu’il
est question de l’aider à lutter contre la tuberculose,
par exemple en réduisant de six à quatre mois
la durée du traitement. En revanche, il est beaucoup
plus difficile de motiver des patients lorsqu’il n’est
question que de comprendre les mécanismes de propagation
de la tuberculose au contact des cas index. Nous avons pourtant
besoin de réaliser ces études avec des humains,
mais nous avons beaucoup de mal à leur expliquer quels
bénéfices directs ils en retireront. De véritables
essais servent à administrer un médicament.
Dans le cas exposé, nous ne faisons que prélever
du sang. Ces cas de figure sont très différents.
Il est très difficile, pour une communauté,
de participer à une étude scientifique dont
le bien-fondé est incontestable, mais dont les retombées
ne sont pas immédiates. Ce type d’étude
nécessite un très long travail d’explication.
Mathilde COUDERC
Dans la dernière étude de cas,
êtes-vous parvenus à avoir accès aux arguments
de la famille ?
Soa Fy ANDRIAMANDINBY
Cette étude de cas pose le problème
des relations familiales malgaches. Dans une famille, si une
personne refuse de participer à une étude, tous
les membres refusent de participer à cette étude.
De fait, lorsque des parents ont décidé de participer
à une étude, tous les membres de la famille
doivent suivre. Dans l’étude de cas dont il est
question, l’homme de 21 ans risquait l’expulsion
en refusant de participer à l’étude. Il
s’est donc retrouvé dans l’obligation d’accepter.
Christophe PERREY
Lorsque qu’un essai est organisé,
il est primordial de diffuser une information et de faire
en sorte qu’elle soit bien comprise. Nous devons sortir
d’une vieille vision paternaliste voulant que le médecin
soit une conscience qui rencontre une confiance. Une fois
que nous avons délivré cette information, nous
devons respecter la décision qui est prise, quelles
qu’en soient les raisons. Les déterminants d’une
décision sont multiples. Il peut être question
de faire plaisir à son médecin, de rechercher
une protection, de faire plaisir à son père
ou de vouloir faire progresser la science. Toutes les raisons
sont bonnes. Nous n’avons pas à les juger.
Soa Fy ANDRIAMANDINBY
Un précédent intervenant a évoqué
les consentements obtenus par une simple case cochée,
sans que les personnes concernées ne s’en souviennent.
Je suis certain que si une tierce personne demandait à
des sujets inclus de lui expliquer ce qu’ils ont retenu
de la présentation effectuée par un médecin,
99 % d’entre eux seraient incapables de répondre.
Alimatou NDIAYE
L’étude que vous avez présentée
est très similaire à celle que nous a présentée
le Professeur M’Boup. Sur le plan pratique, nous sommes
confrontés aux mêmes problèmes. Une fois
que le chef de famille a donné son consentement, il
est difficile à un membre de la famille de ne pas participer
à l’étude. D’une certaine manière,
le consentement est forcé par l’avis premier
du chef de famille.
Par ailleurs, vous avez évoqué
la possibilité, contenue dans le formulaire de consentement,
que des tests complémentaires soient réalisés
sur les prélèvements de sang. Je m’interroge
sur la valeur éthique de cet assertion dans le formulaire.
Après tout, il s’agit de la solution idéale
au problème du test HIV chez les sujets contacts que
le Professeur M’Boup a évoqué.
Soa Fy ANDRIAMANDINBY
Dans le cas de notre étude, le test HIV
est déjà effectué lors de l’inclusion,
alors que les autres examens que nous pourrions être
conduits à réaliser sur les prélèvements
ne seront effectués qu’après l’étude.
Brigitte GICQUEL
J’ai moi-même un problème
éthique avec ce point. Je doute que les personnes dont
le sang sera prélevé aient envie que leurs échantillons
servent à d’autres marqueurs génétiques.
De fait, bien que n’étant pas une grande spécialiste
de la question, il me paraîtrait opportun de préciser
que pour toute autre étude, l’accord sera demandée
aux personnes dont le sang a été prélevé.
Benoît GARIN
Certains d’entre nous se sont inquiété
du fait que les participants à une étude pouvaient
donner leur consentement simplement pour bénéficier
de certains avantages, par exemple une vaccination anti-rabique
ou des examens complémentaires gratuits. Pourquoi ne
pas attendre qu’ils aient donné leur consentement
pour leur présenter ces avantages ? De la sorte, nous
serions certains que ce ne sont pas ces avantages qui les
ont poussés à consentir.
Soa Fy ANDRIAMANDINBY
Nous essayons de recruter les témoins
parmi les personnes vaccinées contre la rage. De fait,
la vaccination anti-rabique n’influe pas sur la motivation
des personnes. Celles-ci sont vaccinées avant d’être
incluses dans l’étude.
Osseni TIDJANI
Les contextes socioculturels sont très
importants. En fonction de quelle culture devons-nous considérer
qu’un consentement a été donné
de manière forcée ou éclairée
?
Aïssatou TOURE BALDE
Il n’est pas question de nier que les
participants à une étude sont en droit d’en
percevoir des bénéfices, mais simplement d’estimer
que nous n’avons pas à mettre ces bénéfices
en avant pour motiver les personnes. Il ne s’agit pas
d’un problème éthique. Bien au contraire.
Il est même logique que les participants à une
étude en retirent des bénéfices, pour
peu que ces bénéfices restent raisonnables.
Quant au VIH, il s’agit d’un domaine
très sensible. Il est nécessaire de demander
expressément aux personnes d’accepter le test.
Il ne pourrait d’ailleurs pas en être autrement.
Imaginons qu’on procède à ces tests sans
solliciter les patients. Que faire en cas d’éventuels
résultats positifs ? En revanche, réaliser des
tests supplémentaires sur des échantillons déjà
prélevées nous pose problème. Il est
indispensable de parfaitement expliquer aux patients que le
sang qui leur sera prélevé sera conservé
et que leur consentement sera demandé pour toute éventuelle
étude supplémentaire.
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