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Table ronde :
Essais vaccinaux et thérapeutiques dans les PED : quels bénéfices immédiats pour les populations ?

Table ronde en compagnie de :
Donald ENARSON
Christophe PERREY
Mathilde COUDERC
Soa Fy ANDRIAMANDINBY
Bernard TAVERNE
Aïssatou TOURE-BALDE
Alimatou NDIAYE
Valentin BOLA
Benoît GARIN
Martin GNINAFON
Osseni TIDJANI
Yousouf N’DIAYE
Mireille DOSSO
Coordination : Brigitte GICQUEL

Brigitte GICQUEL

L’Europe a décidé de promouvoir les essais cliniques en Afrique. Pourquoi ? Après avoir dépassé les polémiques autour de certains essais, force est de constater que les essais cliniques sont indispensables à la mise au point d’un nouveau vaccin ou de nouveaux médicaments. Il est hors de question d’administrer des médicaments ou des vaccins sans s’assurer d’abord par tous les tests disponibles de leur innocuité. Les tests sur les modèles animaux, même s’ils ont montré des signes de parfaite innocuité, ne sont pas suffisants. Il arrive donc un moment où les produits doivent être testés chez l’homme. Au-delà de leur innocuité, les nouveaux produits doivent également être efficaces. Il ne suffit pas qu’un produit soit de parfaite innocuité pour qu’il soit utilisé. Ce produit doit également être efficace. Les essais cliniques sont nécessaires pour s’assurer de l’innocuité et de l’efficacité d’un produit.

L’efficacité d’un produit ne peut s’observer qu’à l’aune des populations qui en ont besoin. De fait, pour une maladie comme la tuberculose, des essais cliniques doivent se dérouler en Afrique. L’Europe a décidé d’accomplir un effort particulier pour aller dans ce sens. Il s’agit d’une opportunité pour renforcer les infrastructures de santé publique de ce continent - hôpitaux, instituts de recherche ou universités.

Au final, l’action européenne se résume en trois axes : innocuité, efficacité, renforcement des infrastructures.

Dès lors que le principe de lancer des essais cliniques en Afrique est acquis, il convient de s’entendre sur un lieu, sur l’identité des participants et sur l’éventuelle existence d’un bénéfice ou d’un désavantage. Si la participation à un essai provoque un désavantage, ce désavantage doit être compensé sous la forme d’un bénéfice. Le terme de bénéfice est de différents ordres. Il est autant question de bénéfices individuels que de bénéfices pour les communautés. Nous serons donc conduits à évoquer le rôle des différents partenaires des essais cliniques. Le point de vue des malades, représentés par des associations, peuvent constituer un point de départ à notre réflexion. Pour cela, je laisse la parole à Valentin Bola, qui se fera le représentant de ces associations de malades.

Valentin BOLA

Après les essais cliniques et le consentement éclairé, nous allons étudier de quelle manière la population malade organise sa prise en charge. Pour cela, nous nous focaliserons sur la République Démocratique du Congo, un grand pays de 2,3 millions de kilomètres carrés qui rassemble près de 58 millions d’habitants. Projeté en Europe, ce pays occuperait à la fois la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, les trois quarts de l’Italie et une partie de l’Espagne. La République Démocratique du Congo est potentiellement très riche. Malheureusement, il est des circonstances qui ont concouru à rendre ce pays très pauvre. Durant les années 90, il y a eu rupture de la coopération bilatérale et multilatérale avec les pays du nord. Il s’est donc retrouvé abandonné. De plus, il a traversé deux périodes de pillage qui ont mis à mal son tissu économique qui a empiré ensuite avec les deux guerres de libération et de rébellion. Le salaire des fonctionnaires y est dérisoire. Un infirmier perçoit environ 15 000 francs CFA mensuels, soit l’équivalent de 30 euros. Un médecin perçoit l’équivalent de 50 euros mensuels.

En 2004, la République Démocratique du Congo concentrait près de 95 000 malades de la tuberculose, dont 61 000 contagieux. Kinshasa prend en charge un cinquième de ces malades.

Tenant compte de la pauvreté, la politique nationale de santé est basée sur la stratégie des soins de santé primaires. Il s’agit principalement d’intégrer au sein des structures périphériques les paquets minimum d’activités et de favoriser la participation de la population dans la prise en charge des malades. De ce fait, le personnel des structures périphériques est surchargé en s’occupant à la fois des activités curatives, préventives et promotionnelles. Ainsi, les maladies chroniques telles que la tuberculose, le diabète et l’hypertension sont négligées.

Pour faire face à cette négligence, la République Démocratique du Congo a mis en place différents modèles de soins à base communautaire. Il s’agit : 1) de l’approche communautaire basée sur les nouveaux et les anciens malades qui accompagnent les autres malades. Ces malades sont réunis au sein des associations appelées « Club des Amis Tuberculeux » 2) l’approche « parrain » qui consiste à demander au malade tuberculeux de se faire accompagner par un proche parent. Un contrat tacite est signé entre le malade, le parent et le personnel de santé. Dans les deux cas, le consentement des malades déclarés tuberculeux est demandé. Ces deux modèles sont les plus répandus à Kinshasa. Cette ville peuplée de plus de six millions et demi d’habitants répartis sur une superficie de 9 900 kilomètres carrés rassemble 104 structures sanitaires impliquées dans la lutte contre la tuberculose dont 28 centres de santé disposent des « Club des Amis Tuberculeux ».

D’où est née cette initiative ? Après décision des autorités médicales de fermer l’unité de prise en charge des patients des tuberculeux dans le centre de santé de N’Djombo compte tenu du faible taux de dépistage, du faible taux de guérison et de la mauvaise gestion des médicaments, les patients tuberculeux ont mis en place indépendamment du personnel une association d’aide des malades en vue de corriger les insuffisances constatées par les autorités médicales.

Etant donné que la première association d’aide des malades a donné de bons résultats, les malades tuberculeux de 28 centres de santé ont repiqué cette expérience en vue d’augmenter le taux de guérison.

Le recrutement des membres de cette association - essentiellement des anciens ou des nouveaux malades - s’opère sur la base du volontariat. Ces membres doivent faire preuve d’une bonne moralité, être disponibles, avoir un travail et résider au sein de l’aire de santé.

L’organisation du travail est basée sur deux aspects : elle est spatiale et s’inscrit dans le temps.

D’un point de vue spatial, les membres de l’association sont répartis en fonction de leur lieu d’habitation, de manière à couvrir l’intégralité de l’aire de santé. Chaque représentant prend en charge un nombre très limité de rues. Son rayon d’action est inférieur à un kilomètre. La proximité avec les malades est absolument essentielle.

Dans le temps, les membres de l’association accomplissent deux principales activités dans le centre de santé : chaque semaine, ils participent à une réunion d’évaluation des activités du centre, tandis que chaque mois, ils prodiguent une éducation sanitaire aux autres malades.

La réunion hebdomadaire permet à l’infirmier responsable d’énoncer les cas dépistés au cours de la semaine. De la sorte, les membres de l’association prennent connaissance des cas apparus dans leur zone de surveillance. L’infirmier communique également la liste des malades irréguliers et des abandons. Les membres de l’association les prennent en charge en fonction de leur adresse. Enfin, l’infirmier donne la liste des malades qui doivent transmettre leurs examens de contrôle au cours de la semaine à venir.

Les membres de l’association ont trois activités principales à exercer. Après la réunion d’évaluation hebdomadaire, ils doivent se rendre aux domiciles des malades afin d’exécuter les résolutions prises au cours de cette réunion. Ces visites permettent aux membres de vérifier l’exactitude des adresses fournies, de récupérer les malades irréguliers ou abandonnés, de rappeler les cas des examens de contrôle C2, C5 et C7 et de ramener les crachats au laboratoire. De plus, les membres de l’association sont chargés d’administrer le traitement aux malades qui ne sont pas en mesure de sortir de chez eux durant plusieurs jours, ainsi que de rédiger un rapport.

Les membres ont composé un hymne des tuberculeux. Cet hymne reprend les consignes de traitement. Bien évidemment, avant que ces membres ne soient « lâchés » dans Kinshasa, il convient de les former. Ils sont ensuite supervisés et accompagnés dans leurs activités.

Les anciens tuberculeux ont été en mesure de réaliser 1 332 visites à domicile en 2004. Ils ont récupéré 321 malades irréguliers, ont constaté 194 décès, ont orienté 475 suspects, ont réalisé 800 séances d’éducation sanitaire et ont prodigué 193 soins à domicile.

Nous avons débuté notre travail en 1999 à partir d’un seul centre. Ces centres sont désormais au nombre de 28. En 2004, une seule des cinq premières structures n’avait pas été en mesure d’atteindre un taux de guérison de 80 %. Avant 2002, aucun centre n’affichait un tel taux de réussite. A Kinshasa, le taux de guérison atteint 83 %.

Ce dispositif est soumis à un certain nombre de contraintes. Ainsi, il n’est pas évident de recruter des volontaires désireux de s’inscrire sur la durée. Les contraintes sont également éthiques. Les nouveaux malades ne sont pas forcés à participer au programme. Tous les nouveaux malades sont visités. Le dispositif leur est expliqué. Un malade a le droit de refuser d’être pris en charge. Sa décision ne sera pas contestée. Il est simplement dommage que nous ne possédions aucun document explicatif écrit. En effet, ni les médecins, ni les infirmiers n’ont le temps de se rendre auprès des nouveaux malades pour leur présenter les contours de notre action.

Par ailleurs, il n’est pas évident de trouver des infirmiers disponibles pour superviser nos activités. La coordination entre les communautés et les centres laisse parfois à désirer. Enfin, nous nous heurtons à des problèmes de financement.

Face à des difficultés, nous nous efforçons d’inciter les volontaires à poursuivre leur travail. C’est ainsi que nous les associons à l’organisation de la journée mondiale contre la tuberculose et de la journée mondiale de la vaccination. De même, nous avons mis en place un mécanisme de reconnaissance symbolique du travail accompli, puisque ces volontaires se voient remettre des diplômes et des badges. De plus, des médicaments gratuits sont disponibles dans les centres de santé, tandis que les examens bacilloscopiques sont gratuits. Nous avons pu obtenir des vélos pour nos 28 structures, de telle sorte que les volontaires puissent circuler plus facilement qu’à pied. Enfin, chaque année, le Ministre de la Santé remet un certificat aux différents membres de l’association. Le nouveau Ministre, après avoir pris connaissance de nos activités, a d’ailleurs entrepris des démarches afin que nous puissions régulièrement passer à la télévision pour sensibiliser la population.

Nous souhaitons profiter de notre expérience pour prouver qu’il est possible de mettre en place des actions dans les pays à problèmes. Dans le contexte d’un pays en guerre, cette expérience vaut la peine d’être menée. Toutefois, les considérations éthiques ne doivent pas être négligées. Il n’est pas question que le personnel de santé se décharge sur une communauté pour mener les actions qui relèvent de sa responsabilité.

Nous avons eu connaissance du cas d’une femme tuberculeuse qui ne savait pas comment annoncer la nouvelle à son mari, de peur que ce dernier la quitte. La communauté est intervenue pour expliquer la situation au mari. Ce dernier s’est porté garant de sa femme durant ses huit mois de traitement.

Brigitte GICQUEL

Un malade tuberculeux court le risque d’être stigmatisé et rejeté. Les volontaires qui vont à leur rencontre ne le craignent-ils pas ? N’ont-ils pas peur de contracter une nouvelle fois la tuberculose ? Est-il facile de trouver des volontaires ?

Valentin BOLA

La sensibilisation a donné de très bons résultats. C’est la première arme que j’ai utilisée lorsque je suis arrivé à Kinshasa. Il m’a fallu multiplier les passages à la télévision pour répéter que le médecin pouvait être tuberculeux et que la tuberculeuse n’était pas une maladie honteuse. Nos volontaires sont présents à toutes les manifestations pour délivrer ce message. Ils répètent inlassablement combien ils ont souffert de cette maladie et comment ils l’ont vaincue. A force d’entendre ce message, la population a fini par accepter notre existence. La stigmatisation commence à diminuer. Elle nous a posé quelques problèmes au début de notre action. Ces problèmes ont été réduits. Chaque matin, avant de prendre leurs médicaments, les malades chantent l’hymne des tuberculeux. Cet hymne est également diffusé à la télévision.

Soa Fy ANDRIAMANDINBY

Certains malades ont-ils refusé d’être visités par des volontaires ?

Valentin BOLA

A Kinshasa, la promiscuité est extrêmement développée. Il n’est pas rare que dans une même parcelle vivent une vingtaine de personnes. Les membres de l’association sont connus dans leurs quartiers. De fait, leur présence accrédite l’idée selon laquelle un malade de la tuberculose vit dans une parcelle. Il est arrivé, dans certains cas, que le bailleur demande à un tuberculeux de quitter sa parcelle. C’est alors qu’interviennent les membres de l’association. Ils expliquent au bailleur qu’en moins de deux semaines, si le traitement est bien suivi, le malade ne sera plus contagieux. Nous avons même eu connaissance d’un possible cas de divorce que les membres de l’association sont parvenus à annihiler en ramenant le mari à la raison. Un enfant est d’ailleurs né de cette idylle maintenue.

Osseni TIDJANI

L’hospitalisation des malades peut servir à améliorer leur sensibilisation. Cette procédure a déjà été utilisée au Togo. Durant leurs deux mois d’hospitalisation, les malades étaient réunis deux fois par semaine sous un hangar. Une bonne information permet de dégager des bénéfices indirects.

Martin GNINAFON

Monsieur Bola nous a présenté une excellente expérience d’implication de la communauté dans la prise en charge des malades. Je partage totalement l’une des idées qu’il a exprimées. Il n’est pas question, sous prétexte d’impliquer les communautés, de se dégager de ses propres responsabilités. La communauté a son rôle à jouer, mais ce rôle doit être parfaitement défini. J’ai eu connaissance d’un transfert de responsabilités à des communautés dans le cadre de cases villageoises de santé. Les piqûres y étaient effectuées dans des conditions déplorables. De même, les communautés vendaient les médicaments que nous avions mis à leur disposition.

L’expérience de Kinshasa cadre parfaitement avec le tracé de cette ville, où les rues sont bien délimitées. Malheureusement, elle serait très difficile à appliquer à Cotonou, où les rues, surtout celles des quartiers où vivent les malades, sont très mal délimitées.

Brigitte GICQUEL

Ces malades et anciens malades qui se regroupent en association pour venir en aide aux malades doivent bénéficier, au même titre que n’importe quel centre de santé, d’un contrôle de qualité de leurs activités. Ce contrôle doit être exercé par des personnes extérieures. Cette expérience nous ramène au problème du consentement du malade et de l’ancien malade. Les notions de consentement et de bénéfice se rejoignent. Je me pose la question de la notion de bénéfice. Tout essai clinique doit-il nécessairement engendrer un bénéfice pour ses participants ? Ces participants doivent-ils être payés ?

La participation à un projet devrait être perçue en elle-même comme un bénéfice. Les participants doivent avoir l’impression de faire partie d’une communauté qui porte le projet. Ce point semble essentiel.

Le recueil des consentements constitue toujours la première phase de mise en place d’une organisation d’un essai. Nous en avons déjà discuté. En revanche, nous n’avons pas évoqué le suivi. Or la signature est aussi la preuve qu’une personne participe au projet. D’autres documents et d’autres preuves tangibles doivent être donnés aux participants. Les participants à une étude doivent être accompagnés. Des réunions doivent leur permette de poser de nouvelles questions, donc d’obtenir de nouvelles informations. C’est à ces conditions que se forme une véritable communauté. Une étude clinique ou un projet d’association doivent être pensés comme le véritable projet d’une communauté.

Le consentement éclairé sous forme écrite doit être intégré à un processus global qui fait d’une personne une véritable participante à un projet, et non un simple sujet passif.

Valentin BOLA

Vous avez parfaitement raison. Dans notre expérience, le monitorage est réalisé par les membres de l’association. Une réunion est organisée chaque mois. Le premier centre a d’abord regroupé 23 malades. Ses « effectifs » ont ensuite rapidement atteint 235 malades. Ce centre était pourtant situé dans l’enceinte de la police et du chef de quartier, les deux endroits que les personnes souhaitent absolument éviter.

Aïssatou TOURE BALDE

Les résultats de votre expérience sont assez impressionnants. Toutefois, il est un élément qui me gêne. En envoyant, aux domiciles des malades, une personne connue comme étant chargée de dépister les cas de tuberculose, vous imposez aux malades un problème qu’ils n’ont pas choisi. Peut-être certaines personnes n’ont-elles pas envie de voir débarquer cette personne. Ne serait-il pas plus opportun de demander à l’infirmier de mettre en œuvre la démarche de parrainage au sein du centre de santé ? Par votre action, vous imposez une stigmatisation d’office aux malades. Certes, ces derniers ont ensuite la possibilité de refuser d’être suivis, mais il est trop tard. Le mal est déjà fait.

Valentin BOLA

Dès que le malade est déclaré tuberculeux, le premier contact vise à lui expliquer les contours de sa maladie. C’est alors que la proposition de suivi lui est formulée. Si le malade répond par la négative, nous respectons son choix et ne retournons pas chez lui. S’il accepte, nous lui demandons de se présenter le lendemain avec son tuteur, afin que nous puissions délivrer notre éducation sanitaire aux deux personnes. De la sorte, le tuteur signe un contrat tacite par lequel il se porte garant du malade.

Aïssatou TOURE BALDE

De fait, les problèmes que vous avez évoqués aux domiciles de certains malades ne devraient pas exister.

Valentin BOLA

Le problème provient des conditions d’hébergement à Kinshasa. Plusieurs familles vivent dans une même parcelle. De fait, l’arrivée d’un volontaire ne passe pas inaperçue.

Bertrand TAVERNE

J’ai l’impression que nous mélangeons divers éléments autour de la notion de bénéfice. La prise en charge thérapeutique est une chose. L’engagement dans une association de malades en est une autre. Les bénéfices qui y sont attachés se situent dans un registre différent, qui n’a rien à voir avec la participation à un essai thérapeutique. De fait, il m’apparaît inopportun de mélanger la participation à une association à la notion d’essai clinique. Les questions de rapport à l’autorité ne sont pas du tout les mêmes. La participation à une association relève d’une démarche volontaire qui, dans le cadre du sida, s’opère parfois en opposition avec l’autorité médicale. Les mouvements associatifs jouent souvent un rôle de contre-pouvoir par rapport à cette autorité médicale. Ils ont la capacité de présenter des revendications aux promoteurs des essais cliniques. Nous ne gagnons rien à mélanger les bénéfices qu’engendrent une participation à une association avec les bénéfices attachés à un processus d’essai clinique.

Brigitte GICQUEL

Mon propos visait le consentement.

Bertrand TAVERNE

L’adhésion d’un individu à une association ne relève pas du même type de consentement que l’adhésion à un processus de recherche clinique. Dans le second cas, il est demandé à la personne de manifester sa pleine compréhension de l’essai. Cela n’a rien à voir avec la participation à une association. Aucune association ne demande à ses membres de signer un consentement.

Osseni TIDJANI

J’aimerais que nous nous concentrions sur l’essentiel. Quels sont les bénéfices, pour les populations, d’une participation à des essais cliniques et thérapeutiques ? Dès lors que nous avons identifié un problème au sein d’une communauté, quels services devons-nous rendre à cette communauté et quels bénéfices devons-nous en tirer ? La question des infrastructures est essentielle, qu’il s’agisse de considérations humaines ou matérielles. Les infrastructures mises en place doivent être pérennes. La motivation et l’incitation sont également des notions très importantes. J’aimerais que nous nous concentrions sur ces points.

Mireille DOSSO

La vision des bénéfices n’est pas forcément la même dans les pays du Nord et en Afrique. J’ai parfois l’impression que le dialogue qui s’instaure entre nous est un dialogue de sourds, à tel point que nous en venons à craindre de présenter nos aspirations. Il est pourtant important que tenions un langage de vérité. Ainsi, nous n’avons pas forcément besoin de continuellement recevoir des bourses. La présence de formateurs de bon calibre est souvent préférable en cela qu’elle nous permet d’ensuite distiller ces formations en cascade. Malheureusement, nous n’osons pas toujours le demander, de peur de paraître primaires ou terre-à-terre.

Donald ENARSON

Il est très important d’insister sur cet aspect.

Aïssatou TOURE BALDE

Nous ne devons pas perdre de vue l’idée que le risque est subi par les personnes à titre individuel. Le bénéfice pour un pays peut être immense. En revanche, il n’est pas toujours possible d’apporter un bénéfice à chaque niveau. De fait, avant de discuter de bénéfices, nous devrions d’abord nous entendre sur le niveau auquel nous situons le débat. Est-il question du bénéfice individuel, du bénéfice pour la communauté ou du bénéfice pour le pays ? Il n’est pas toujours possible d’envisager ces trois axes de manière simultanée.

Osseni TIDJANI

L’objectif premier de la lutte contre la tuberculose consiste à guérir les malades. Mettre au point un protocole qui puisse nous permettre d’y arriver rendrait un immense service aux individus, mais également à toute la communauté. Chaque cas est un cas particulier.

Bertrand TAVERNE

Je partage complètement les propos tenus par Madame Dosso. La question du bénéfice ne peut pas se poser que pour les seuls patients. La mise en place d’un essai clinique apporte des bénéfices à de nombreuses personnes - patients, promoteurs, industriels du médicament ou responsables politiques. Tous ces bénéfices doivent être considérés de manière simultanée, faute de quoi nous nous placerions dans une position paternaliste. Les bénéfices ne sont pas forcément les mêmes pour tous les groupes sociaux impliqués dans un essai. La question des bénéfices doit donc dépasser le champ des patients pour être considérée de manière globale.

Brigitte GICQUEL

Les bénéfices apportés au niveau communautaire dépendent du caractère des essais cliniques. Il peut s’agir de simples prises de sang qui serviront de base à une étude scientifique de très long terme. Dans un tel cas, il ne peut pas être question d’annoncer aux populations qu’elles recevront un bénéfice direct de leur participation à l’essai. La situation est différente lorsqu’il s’agit de tester un nouveau régime thérapeutique supposé accélérer la guérison.

Bertrand TAVERNE

Dans le cas où un essai ne consiste qu’à effectuer de simples prises de sang, il est permis de se demander où se situe le bénéfice pour les populations. Les bénéficiaires ne peuvent être, à court terme, que les personnes qui récoltent le sang.

Brigitte GICQUEL

Je ne suis absolument pas d’accord. Une étude est actuellement réalisée au Mexique. Des informations circulent sans arrêt entre les malades et les communautés de santé. Il existe déjà un avantage à participer à ce projet communautaire, bien qu’aucun nouveau médicament ne sera mis au point à court terme. Cette notion de projet communautaire est primordiale.

Donald ENARSON

Le processus de structuration des engagements conclus avec les communautés est extrêmement important. Ce n’est pas aux chercheurs ou aux politiciens qu’il appartient de définir les bénéfices. Si les chercheurs ne se rendent jamais dans les communautés, s’ils ne cherchent pas à recueillir le point de vue de ces communautés, il me semble impossible de parler d’éthique. Une grande expérience est actuellement menée en Afrique du Sud. Les communautés y sont très impliquées. Sans engagement des communautés, la définition du bénéfice prend un caractère extrêmement paternaliste.

Christophe PERREY

L’intitulé de notre table ronde nous invite à nous interroger sur les bénéfices immédiats des essais vaccinaux et thérapeutiques pour les populations des pays en développement. Les termes « bénéfice » et « immédiat » sont particulièrement importants. Le premier peut être défini comme le plus apporté à un individu ou à une communauté afin d’améliorer son bien-être. Quant au second, il doit être envisagé comme l’opposé du bénéfice à moyen ou long terme que peut apporter un essai. Par définition, l’essai comporte une part d’incertitude. Nous ne sommes jamais certains que le traitement testé apportera un véritable bienfait. Nous devons donc nous interroger sur les bénéfices que peut apporter un essai dès son démarrage.

Ces bénéfices peuvent être individuels ou communautaires - bien que les deux notions soient en interaction permanente. Au niveau individuel, le simple fait de participer à un essai constitue, dans certains pays, un moyen d’accéder à un traitement qui n’existe pas. Au niveau communautaire, le bénéfice peut être matériel ou immatériel. Le bénéfice matériel peut être directement en rapport avec l’essai - apport de nouveaux équipements au dispensaire ou à l’hôpital du village dans lequel se déroule cet essai - ou totalement déconnecté de celui-ci - amélioration de l’éclairage du village. Quant au bénéfice immatériel, il peut prendre la forme d’un renforcement de la formation du personnel ou de la mise en place de transferts de technologies.

Enfin, nous ne devons pas oublier que dans le cadre d’un essai, du personnel qualifié soignant est présent dans les villages pour répondre aux attentes des villageois. Malheureusement, ce personnel quitte le village dès que l’essai est terminé. La réponse ainsi créée n’est donc que ponctuelle.

Aïssatou TOURE BALDE

En évoquant le bénéfice sous l’angle des réalisations que nous apportons aux communautés, nous retombons dans le problème de l’incitation. Où se trouve l’équilibre pour les chercheurs ? Dès lors que nous demandons aux communautés ce qu’elles souhaitent recevoir, nous créons un appel d’air auprès de communautés qui, au départ, n’auraient pas été d’accord pour participer à l’essai.

Mireille DOSSO

Où est le mal dans tout cela ? Qu’y a-t-il d’incongru à ce qu’une population demande qu’un puits soit bâti ?

Aïssatou TOURE BALDE

Il n’y a rien d’incongru à cela. En revanche, nous devons prendre garde à ce que des communautés n’acceptent pas de participer à une étude simplement parce que le groupe de recherche promoteur de cette étude dispose d’importants moyens financiers lui permettant de proposer à la communauté des équipements auxquels elle n’aurait jamais pu avoir accès. Nous sommes obligés de prendre garde à cette dérive. La limite est parfois difficile à trouver.

Martin GNINAFON

Je me félicite de ce débat. Il prouve que nous commençons enfin à nous préoccuper de l’intérêt des populations des pays en développement. Cela n’a pas toujours été le cas. Quels que soient les problèmes de santé auquel les populations sont confrontées, c’est toujours une personne de l’extérieur qui sollicitera l’organisation d’une étude. Un chercheur a besoin de faire des recherches pour exister. Les répondants de terrain ont également besoin de trouver un certain intérêt avant de s’engager dans une recherche.

Je suis très admiratif des personnes qui estiment avoir recueilli des consentements éclairés sans exercer aucune pression. J’ai pour habitude de ne faire confiance à personne, surtout pas à moi-même. Dès lors que je souhaite mener une étude de terrain et que, pour cela, j’ai besoin de recruter des patients, rien ne me dit que je saurai rester totalement objectif. Si nous étions parfaitement honnêtes, nous définirions concrètement l’intérêt d’une recherche pour les populations dans les clauses mêmes de cette recherche. Dans certains pays, des recherches sont menées chaque année sans que les populations n’en retirent aucun bénéfice, à tel point que les situations sanitaires ne cessent de se dégrader.

Les participants à un autre atelier se joignent à la réunion.

Brigitte GICQUEL

Nous avons discuté des problèmes des personnes participant aux essais cliniques. Quels sont les bénéfices pour la population impliquée dans ces essais ? Quels sont les bénéfices à moyen terme et à long terme ? J'aimerais avoir votre opinion là-dessus.

Un intervenant

Est-ce que vous parlez du monde médical ou des personnes entrant dans les essais cliniques ?

Brigitte GICQUEL

Nous avons discuté des essais cliniques pour les nouveaux médicaments et vaccins, et du fait aussi que des prélèvements sanguins sont effectués sur les participants.

Un intervenant

Je souhaiterais parler des vaccins anti-tuberculeux. La récente vaste étude sur la santé en Afrique s'est déroulée au Cap où 5000 enfants ont reçu le vaccin BCG. Un prélèvement sanguin a ensuite été effectué pour identifier les enfants qui étaient protégés contre la tuberculose et ceux qui ne l'étaient pas, et détecter ainsi des cas de tuberculose.

L'objet initial de cette étude devait être la tuberculose sévère, mais au bout de deux ans, aucun cas de tuberculose sévère n'avait encore été détecté dans la communauté. Pourtant, le taux d'incidence de la tuberculose sévère y avait toujours était très élevé. Cette situation a suscité de nombreuses questions et il a fallu réfléchir à ce qui s'était passé. Dans le cadre de l'étude, de nombreuses formations avaient été mises en place dans les centres médicaux afin d'apprendre aux infirmières et aux médecins à identifier les cas de tuberculose.

Et étant donné que le personnel de santé dans la communauté locale était mieux formé, il a été capable d'identifier des cas de tuberculose avant qu'ils ne deviennent sévères. Ainsi donc, cette communauté a retiré un bénéfice immédiat de sa participation à l'étude en ce sens où aucun enfant n'a développé de cas sévères de tuberculose et où le personnel de santé local était mieux formé. C'est, à mon avis, un exemple de bénéfice.

Brigitte GICQUEL

Il s'agit là d'un essai de vaccin BCG pas vraiment nouveau. Pourrions-nous avoir un avis sur un vaccin présentant un certain risque potentiel ?

Un intervenant

Je pense que les principes éthiques d'évaluation des nouveaux médicaments ont évolué et s'appliquent aussi bien aux pays développés qu'aux pays en développement. A mon avis, la question est de savoir si une personne vivant dans un village du Sénégal, par exemple, évalue réellement le risque qu'elle encourt en recevant un vaccin.

Bien sûr, le monde sait relativement peu de choses sur ce vaccin car il a été administré seulement à quelques centaines de volontaires. En fait, ce problème est amplifié par le fait que cette personne vive dans un village du Sénégal, mais il se pose également pour tout volontaire participant à une étude en Amérique du Nord. L'important est que l'évaluation experte de la sécurité du produit ne soit pas réalisée par le volontaire.

Suite à l'évolution des principes éthiques, on demande désormais aux personnes de porter un jugement en s'appuyant sur des informations qui leur sont données et qui ont été évaluées par des experts techniques. Cela vaut autant pour l'Amérique du Nord que pour l'Afrique de l'Ouest. Bien sûr, la question est de savoir si la personne a confiance en ces informations ou si elle comprend le risque ou l'ampleur du risque évalué.

Ce que je veux dire, c'est que nous ne demandons pas réellement à la personne vivant dans un village du Sénégal de faire une évaluation du risque. Nous tentons en fait de mettre en place un système de conseil qui fournira à cette personne des informations pertinentes qu'elle sera à même de comprendre et qui l'aideront à prendre sa décision.

La brochure d'information ou le formulaire de consentement doit énoncer clairement quel est le bénéfice d'une participation à cet essai et préciser qu'il n'y aura peut-être pas réellement de bénéfice pour la personne elle-même. Elle doit également expliquer les risques dans un langage que la personne est en mesure de comprendre. Le défi pour les chercheurs, le comité éthique et les régulateurs est de mettre ces informations à la portée de l'individu à qui il est demandé de participer à l'essai.

Un intervenant

Je voudrais rajouter quelques mots sur la Gambie où deux grands projets de recherche éthique ont été réalisés sur le médicament vaccin [inaudible) et sur le vaccin anti-tuberculeux. Un étudiant du King's College est venu et a passé quelque temps en Gambie pour parler avec les participants à l'étude et voir comment ils percevaient cela d'un point de vue physique.

Lorsque nous nous adressons au gouvernement, nous devons souvent demander quels seront les bénéfices pour la population. Lorsque nous nous adressons aux participants, nous devons savoir comment ils perçoivent tout cela d'un point de vue personnel. Ils voient généralement cela comme un "deal", un échange. Dans les essais cliniques de nouveaux vaccins et dans les essais de vaccin anti-tuberculeux, ils voient ça tout simplement comme un échange. Ils demandent les bénéfices que vous allez en retirer et les bénéfices qu'eux vont en retirer. Cela modifie quelque peu la manière dont nous appréhendons le programme éthique.

Par exemple, ils sont prêts à donner leur sang mais veulent voir les résultats. Ils veulent un feedback qu'ils considèrent comme très important. Nous avons une politique de soins de santé gratuits qu'ils jugent très importante. La question, d'un point de vue éthique, est de savoir s'il s'agit d'une incitation ou non. C'est comme ça que nous devons voir les choses.

Brigitte GICQUEL

Nous avons parlé plus tôt des essais à Madagascar et il a été dit qu'il n'était pas possible d'offrir un accès gratuit aux soins pour les pathologies autres que la tuberculose. Les participants recevaient un traitement, mais il n'y avait pas de financement pour prendre en charge d'autres pathologies. C'est ce qui a été dit ce matin. C'est ce que nous pourrions faire en Gambie, mais les ressources sont plus limitées à Madagascar.

Osseni TIDJANI

La Gambie a une grande expérience des essais. Peut-on en savoir plus ?

Un intervenant

Je voudrais apporter un commentaire. Il existe en fait une proportion étonnamment importante de Gambiens qui choisissent de participer à ces études car ils considèrent la tuberculose comme un problème majeur dans leur pays. Ils se portent volontaires essentiellement pour cette raison. Le pourcentage de personnes qui participent à l'étude pour cette raison est bien plus important que nous ne le pensions. La moitié des participants donnent de leur temps tout en sachant que nous en retirerons un plus grand bénéfice qu'eux. Ils veulent agir contre la tuberculose car ils la voient sévir dans leurs familles et leurs communautés. Nous devons nous montrer humbles face à cette réalité.

Brigitte GICQUEL

Vous voulez dire que la communauté est réellement préoccupée par la tuberculose et qu'elle veut apporter son aide ?

Un intervenant

Oui

Un intervenant

Au Sénégal, nous menons une étude sur une cohorte de ménages de patients tuberculeux. Nous avons vécu exactement la même expérience qu’en Gambie. Nous n’avons enregistré quasiment aucun refus de participation à l’étude. Nous nous rendons dans les familles des patients tuberculeux, nous leur demandons s’ils sont disponibles pour participer à l’étude et nous leur prélevons du sang. Nous y passons deux à trois heures par famille.

Le très faible taux de refus nous a beaucoup étonnés. La volonté de participer était manifeste. La tuberculose inquiète les populations. Elles savent que cette maladie est contagieuse. De fait, les personnes que nous avons rencontrées attendaient de nous que nous les rassurions. En le faisant, nous leur avons apporté un bénéfice immédiat.

Osseni TIDJANI

Si les ressources - humaines et matérielles - étaient suffisantes, nous pourrions nous déplacer et visiter les entourages plus facilement. Malheureusement, nos moyens sont limités.

Aïssatou TOURE-BALDE

Dans les essais cliniques sur les nouveaux médicaments, comment présentez-vous les bénéfices du nouveau vaccin ? Vous connaissez les risques et les bénéfices potentiels, mais quel est le bénéfice pour les participants ? Devrions-nous leur dire qu'il n'y aura peut-être pas de bénéfices ?

Un intervenant

On estime que moins de 20% des nouveaux médicaments qui sont testés chez l'homme obtiennent une autorisation de mise sur le marché. La grande majorité échouent et sont jugés inefficaces. Il est clair que la plupart des premières phases d'essais cliniques ne débouchent pas sur un produit ayant des bénéfices pour la santé. Il en va ainsi depuis plusieurs années et cela est vrai pour tous les médicaments et vaccins. Il n'y a donc rien de particulier concernant les essais de nouveaux vaccins dans les pays en développement. En fait, le taux de succès des vaccins est relativement élevé comparé à certains médicaments.

Si j'ai bien compris, vous suggérez de demander aux personnes de prendre un risque lorsqu'il n'existe pas de bénéfice individuel. Je suis entièrement d'accord. Cela se produit tout le temps dans la recherche médicale et il en ira encore ainsi. Ces personnes ont le droit de faire ça. Il est tout à fait raisonnable de penser qu'elles ont le droit de prendre cette décision. L'important est qu'elles disposent d'informations complètes sur la décision qu'elles vont prendre.

Je voudrais vous donner un exemple extrême. Tous les ans, à Oxford, 30 à 40 personnes habitant dans cette ville dont la malaria est éradiquée, acceptent d'être infectés par des parasites de malaria pour tester des vaccins. Il est très difficile d'obtenir un vaccin contre la malaria et la plupart de ces essais échouent. Tous les comités éthiques qui examinent ces protocoles jugent raisonnable que ces personnes soient en droit de prendre une décision qui les expose à un préjudice décrit comme minimum pour absolument aucun bénéfice personnel. Elles choisissent de le faire et n'y sont nullement contraintes.

Le principe selon lequel les personnes sont en droit de faire quelque chose pour le bénéfice de la communauté ou du monde, et qui ne leur apportera aucun bénéfice à elles-mêmes ou à leurs proches dans un avenir proche, est un principe établi dans l'éthique médicale.

Aïssatou TOURE-BALDE

Personnellement, je pense la même chose, mais les habitants des pays en développement ne sont parfois pas en mesure de prendre ces décisions sur la même base que les habitants de pays développés. C'est un débat qui revient souvent. Certains pensent que c'est à chacun de prendre sa décision, même si c'est risqué à un certain niveau. L'étudiant qui prend la décision doit être pleinement informé afin de savoir ce qu'il fait et ce qu'il est en droit de faire. Ce n'est pas toujours le cas dans ces comités. Nous devrions nous montrer prudents lorsque nous évaluons et déterminons les bénéfices et les risques.

Brigitte GICQUEL

L'éthique et les essais de nouveaux vaccins anti-tuberculeux sont le thème central de notre réunion. Il m’a semblé important de définir l'essai clinique, d'aborder la gestion des essais cliniques dans les pays aux ressources limitées, et de parler de certains bénéfices. Nous avons parlé des bénéfices à long terme et des tests pour de meilleurs vaccins.

Dans les essais, il est important de tenir compte des bénéfices en terme de diagnostic, et nous devons considérer certains bénéfices immédiats pour la communauté. Nous avons parlé de l'équilibre entre apporter un bénéfice et ne pas acheter une personne pour qu'elle participe à un essai clinique. Ce point est d'une grande importance. C'est pourquoi il est important de discuter des bénéfices car cet équilibre est crucial si l'on examine les choses d'un point de vue individuel. Cependant, du point de vue de la communauté, la communauté devrait être capable de s'approprier le projet et de définir les bénéfices qu’elle attend de l'étude.

Soa Fy ANDRIAMANDINBY

J’aimerais faire preuve d’optimisme. Il est vrai qu’a priori, les participants à une étude clinique ne reçoivent aucun bénéfice direct. Néanmoins, les investigateurs et les médecins ont tout de même l’obligeance morale de résoudre quelques problèmes. Dans la plupart des cas, la famille d’un tuberculeux est extrêmement pauvre. Elle n’a pas accès à une éducation adéquate. Le fait de côtoyer un médecin durant deux ans est à même de changer la vie de ses membres, de les encourager à aller de l’avant, à prendre contact avec les structures administratives. Généralement, ces familles ne sont pas enregistrées. Elles n’existent pas. Le fait de participer à une étude les incite à aller vers la société.

Aïssatou TOURE BALDE

J’ai souvent joué le rôle de l’avocat du diable au cours de nos deux jours de réunion. Ma fonction de membre du comité d’éthique l’exigeait. Toutefois, en tant que chercheur, je suis confrontée aux mêmes problèmes que vous tous. Nous devons mener nos recherches en nous efforçant de faire le moins de mal possible et en apportant le plus de bénéfices possibles. L’envie de participer à une étude est essentielle. Nous devons être en mesure de susciter cette envie, de telle sorte que les populations soient informées. Nous avons l’intention de multiplier les opérations de communication autour de la notion d’essai clinique. Tout en prenant garde à protéger les personnes, nous devons expliquer pourquoi nous avons besoin de mener des recherches dans nos pays. Un débat doit s’instaurer avec les communautés et la société civile, de manière à ce qu’une prise de conscience s’opère. Si les personnes sont bien informées, nous n’avons pas le droit de leur refuser de participer à une enquête. Certes, les populations doivent être protégées, mais nous ne devons pas pour autant tuer toute recherche. La recherche est indispensable. Sans recherche, nous ne serons pas en mesure de mettre au point des médicaments efficaces.

Brigitte GICQUEL

Nous voilà arrivés au terme de nos deux jours de discussions. Lors de notre dernière réunion, qui s’était tenue à Paris, des intervenants nous avaient présenté des molécules et des candidats vaccins prometteurs. Aujourd'hui, nous avons franchi un nouveau pas, puisque si nous avons légèrement évoqué ces candidats vaccins, tous les intervenants ont accompli un énorme effort pour décrire l’aspect éthique des essais cliniques. Nous avons abondamment discuté des modalités de recrutement des patients. Les participants ont autant pris la parole que les intervenants. Je me félicite de ce réel succès. Je suis également très heureuse que nos collègues qui travaillaient au sein d’un autre atelier aient pu nous rejoindre pour évoquer leur essai clinique et les bénéfices directs ou de long terme que les populations sont en droit d’en attendre.

Les avis se sont avérés très divergents, parfois vifs, suivant que l’on se place du côté de l’individu ou de la communauté. Les échanges ont été très nombreux. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

L’heure est venue de remercier l’Institut Pasteur de Dakar, en les personnes de Philippe Mauclère, Aïssatou Touré Baldé, et Merry Payen pour avoir organisé cette réunion. Mes remerciements se dirigent également vers tous les participants.

Philippe MAUCLERE

Je n’ai pas grand chose à ajouter à cette conclusion. Je ne peux que louer la manière dont se sont déroulés ces deux jours. J’ai particulièrement apprécié la confrontation entre les équipes de recherche et les personnes de terrain. Cette manière de procéder est idéale pour faire avancer la recherche clinique. C’est tout à fait la mission de l’Institut Pasteur, qui n’est pas seulement une unité de recherche.

Je vous remercie de nous avoir fait confiance. Nul doute que nous nous reverrons.